Amila, Jean (1910-1995)
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Biographie
L'enfance (1910-1923)
Le départ de son père du foyer familial pour vivre avec sa maîtresse en février 1920 marque un tournant dans la vie de Jean Meckert.
Alors que sa mère est internée au Vésinet et sa sœur dans une pension à Neuilly, il est placé dans un orphelinat protestant à Courbevoie, l'asile Lambrechts, jusqu'en 1923. Meckert gardera de ce séjour la détestation de l'enseignement religieux, le souvenir de la faim et du froid, mais surtout le sentiment de l'humiliation et de l'abandon.
Les petits boulots et le début de l'écriture (1923-1939)
Obtenant son certificat d'études primaires avec un an d'avance, Jean Meckert commence son apprentissage dans un atelier de construction de moteurs électriques dans le {{XXe}} arrondissement de Paris (1923). En 1927, il devient employé de bureau au Crédit lyonnais, puis connaît le chômage et les petits boulots. Parce qu'il « crevait de faim », il s'engage dans l'armée, entre janvier 1930 et mai 1932, au sein de la compagnie du camp de Satory de Versailles, où il obtient le grade de caporal.
À son retour de l'armée, Jean Meckert travaille un an dans une carrosserie et se marie. Ce mariage ne dure que quelques années. Il enchaîne alors divers petits métiers - vendeur de stylo sur la voie publique, photo minute dans les foires, bobineur, camelot, détective dans une agence de renseignements - jusqu'au déclenchement de la guerre.
C'est dans les années 1930 que Meckert commence à écrire, notamment cinq contes, en 1935, qu'il décrit comme des "histoire(s) authentique(s)", tirées de son expérience et largement autobiographiques. Il rédige également des pièces de théâtre et un roman, Les Coups, en 1936. Trois ans plus tard, Meckert envoie un premier essai, Message livide, à George Duhamel. Ce dernier le juge trop hybride (entre le récit et l'essai) et d'une écriture trop influencée par Louis-Ferdinand Céline.
L'expérience de la guerre et premières publications (1939-1945)
Jean Meckert est mobilisé le 2 septembre 1939 dans la cinquième compagnie du Génie, section de Bouzonville en Moselle. Il consigne dans un cahier les déplacements de son régiment durant la « drôle de guerre », dont la mission est de récupérer du matériel sur la ligne de chemin de fer longeant le front. Il est interné en Suisse avec 38000 soldats français, d'abord à Baden, puis à Moosleerau.
De retour en France en février 1941, Meckert passe différents concours, avant d'être finalement admis aux écritures dans les bureaux de l'état civil à la préfecture de la Seine.
En juillet 1941, il envoie Les Coups, roman écrit en 1936, aux éditions Gallimard qui le publient en décembre 1941. Cette histoire de Félix, manœuvre dans une entreprise mécanique qui {{Citation}} est saluée par la critique - notamment par André Gide et Raymond Queneau - et devient un succès commercial, la première édition étant rapidement épuisée.
Abandonnant son métier pour se consacrer à l'écriture, Meckert rédige dans la foulée L'Homme au marteau que fait paraître Gallimard en 1943. C'est pendant cette période que Jean Meckert, à l'instar d'un Léo Malet, publie une vingtaine de livres sous le pseudonyme de Duret, nom de jeune fille de sa mère.
Les difficiles années d'après-guerre (1945-1950)
Alors que son troisième roman, La Lucarne, est publié en 1945, Jean Meckert signe en février 1946 avec Gallimard un contrat pour la publication de La Marche au canon prévue pour l'été de la même année. Pourtant, l'opposition de Roger Martin du Gard, qui affirme que {{Citation}}, bloque ce projet. Dans les années qui suivent, Meckert modifie à de nombreuses reprises son manuscrit (ajout de chapitres, modification du temps de narration), mais Gallimard le refuse à nouveau en 1955.
En effet, si Gallimard continue à publier des romans de Meckert (Nous avons les mains rouges en 1947 et La Ville de plomb en 1949), le succès n'est plus là. C'est d'ailleurs à partir de 1946 que Meckert cesse d'écrire sous pseudonyme ses romans populaires.
La rencontre avec Marcel Duhamel : la naissance d'Amila (1950-1970)
À la demande de Marcel Duhamel, Jean Meckert écrit un roman noir dans la Série noire, Y'a pas de Bon Dieu !, publié en 1950 sous le pseudonyme de John Amila, diminutif de Amilanar que l'auteur avait proposé et qui signifie "effronté" en espagnol ou l'{{citation}}. Il devient ainsi le second Français a écrire dans la collection après Serge Arcouët (sous le pseudonyme de Terry Stewart). L'édition originale de Y'a pas de Bon Dieu ! indique {{citation}}. Les cinq premiers titres parus en Série noire sont signés John Amila, puis les suivants Jean Amila, car {{citation}}. Cimetière d’Omaha]] Au total, Meckert écrira vingt-et-un polars, dont dix-sept entre 1950 et 1974. Il consacre de nombreux romans à la Première (Le Boucher des Hurlus en 1982) et à la Seconde Guerre mondiale (La Lune d'Omaha en 1964, Au balcon d'Hiroshima en 1985), où il dévoile ses convictions anarchistes et antimilitaristes. Il crée deux personnages récurrents : Riton Godot, patron d'une boîte de nuit parisienne, Le Faisan Noir, liée à une bande de truands (La Bonne Tisane en 1955 et Sans attendre Godot en 1956) et surtout Édouard Magne, dit Géronimo, un flic anticonformiste, contestataire, issu du mouvement hippie, se battant pour les victimes et non pour l'État (La Nef des dingues en 1972, Contest-flic en 1972 et Terminus Iéna en 1973). Au balcon d'Hiroshima reçoit le prix Mystère de la critique en 1986.
Trois de ses romans policiers ont fait l'objet d'une adaptation pour la télévision dans la série télévisée Série noire initiée par Pierre Grimblat pour le compte de TF1 et de la Télévision suisse romande : Noces de souffre, Pitié pour les rats et La Lune d'Omaha.
À partir de 1957, Jean Meckert travaille dans le cinéma comme dialoguiste pour Yves Allégret (Quand la femme s'en mêle, scénario inspiré du roman Sans attendre Godot), André Cayatte, Maurice Labro et Georges Lautner (Fleur d'oseille, scénario inspiré du roman Langes radieux)
Derniers combats (1970-1995)
Il publie en 1971 La Vierge et le Taureau dans lequel il dénonce l'administration coloniale française et les expérimentations nucléaires en Polynésie, après avoir séjourné à Papeete l'année précédente afin de faire des repérages pour un film avec André Cayatte qui ne verra jamais le jour. Profondément antimilitariste, ce roman pamphlétaire qui dénonce le néocolonialisme de la France, l'armée et les services secrets français sera retiré de la vente.
En sortant des studios de l'ORTF en janvier 1975, Jean Meckert est agressé par des inconnus rue de Belleville. Une théorie souvent évoquée évoque la possibilité de représailles à la suite de son livre La Vierge et le Taureau, qui remet en cause la nécessité des essais nucléaires français dans le Pacifique, alors que les médecins de la Pitié-Salpêtrière, où il est soigné, diagnostiquent plutôt des crises d'épilepsie. Devenu en partie amnésique à cause des coups reçus, assommé par le gardénal, Meckert entre dans une longue période de dépression. Alors que sa mère et sa sœur décèdent au début des années 1980, que sa femme le quitte, retiré à Lorrez-le-Bocage-Préaux, Jean Meckert rédige un récit autobiographique en 1985 qui reprend de nombreux textes que l'auteur a écrits au cours de sa vie. Intitulé Comme un écho errant, l'ouvrage de Meckert relate à la troisième personne les souvenirs de sa jeunesse en guise de thérapie, un récit que refusent les éditions Gallimard en 1986.
C'est sans doute le dernier livre que Meckert soumet à un éditeur, puisque ses derniers romans policiers, sous le pseudonyme de Jean Amila, sont publiés entre 1981 et 1985 (Le Pigeon du Faubourg en 1981, Le Boucher des Hurlus en 1982, Le Chien de Montargis en 1983 et Au balcon d'Hiroshima en 1985). À propos de ce dernier roman, il explique que {{citation}}.
Jean Meckert décède le {{Date de décès}}.