Lawrence, Thomas Edward (1888-1935)
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Biographie
Avant-guerre
Ses parents sont d’ascendance anglaise et irlandaise. Son père, Thomas Chapman, {{7e}} baronnet, de Westmeath, en Irlande, avait quitté sa femme pour vivre avec la gouvernante de ses filles, Sarah Junner, qui portait aussi le nom de son père illégitime, Lawrence. Thomas Edward Lawrence est le deuxième de leurs cinq fils. Ils habitèrent un temps Dinard, en France, puis séjournèrent à Langley, près de la New Forest avant de se fixer à Oxford.
Lawrence étudie au Jesus College à Oxford et se passionne pour l'histoire. Durant les étés 1907 et 1908, il parcourt la France à bicyclette et visite des forteresses médiévales (Château Gaillard, Coucy, Provins, Avignon, Aigues-Mortes, Carcassonne, Bonaguil, Châlus, Chinon, Fougères...), et la cathédrale de Chartres. En 1909, il voyage au Liban et en Syrie pour étudier les châteaux bâtis par les Croisés. Il parcourt plus de 1000 miles à pied en trois mois. Au cours de son périple, il aura pu admirer le Krak des Chevaliers, Safitha, le Margat et le Sahyoun. De retour en Angleterre, il obtient son diplôme avec mention après avoir rédigé une thèse sur L’Influence des croisades sur l’architecture militaire européenne à la fin du {{s-}} (The Influence of the Crusades on European Military Architecture - To the End of the {{12th}} Century). Cette thèse est en fait un mémoire qui établit que les Croisés ont implanté dans les défenses castrales de leurs États le donjon roman à quatre faces conçu en Europe mais sans ajouter de contreforts comme c'était souvent le cas en France durant le {{XIIe siècle}}, mais plutôt en plaçant ce que l'on appelle des pierres à bossage (demi-sphères en relief qui permettent de dévier les projectiles et quartiers de roc projetés par les mangonneaux). La grande différence tenait au fait qu'en Occident on séparait encore les étages par des planchers en bois, alors qu'au Levant il fallut immédiatement faire des plafonds en pierre, du fait de la rareté du bois, ce qu'a très bien montré Lawrence, comme le rappelle François Sarindar en faisant l'analyse de ce travail d'étudiant.
Un temps, Lawrence songea à accepter un poste d'enseignant sur la poterie médiévale, mais abandonna rapidement cette idée et préféra occuper un poste d’archéologue au Moyen-Orient. En décembre 1910, il part pour Beyrouth, puis Jbail (Byblos), où il apprend l'arabe auprès des enseignantes de l'American Mission School. Il participe ensuite aux fouilles de Karkemish près de Jerablus, au sud de l’actuelle Turquie, sous les ordres de D. G. Hogarth et R. Campbell-Thompson. Un archéologue promis à un brillant avenir, Leonard Woolley, qui se fera connaître par la suite grâce à la découverte d'Ur, en Chaldée, partagera un peu plus tard avec lui la joie des découvertes.
À la fin de l’été 1911, il retourne au Royaume-Uni pour un bref séjour et revient dès novembre au Moyen-Orient afin de travailler brièvement avec Williams Flinders Petrie à Kafr Ammar en Égypte. Il retourne à Karkemish travailler avec Leonard Woolley, continue de visiter régulièrement le Moyen-Orient afin d’y mener des fouilles jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Ses nombreux voyages en Syrie, sa vie partagée avec les Arabes, à porter leurs vêtements, apprendre leur culture, les rudiments de leur langue et de leurs dialectes, allaient s’avérer des atouts inestimables durant le conflit.
En janvier 1914, sous couvert d’activités archéologiques, Woolley et Lawrence sont envoyés par l’armée britannique en mission de renseignements dans la péninsule du Sinaï. Lawrence visite notamment Aqaba et Pétra. De mars à mai, Lawrence retourne travailler à Karkemish. Après l’ouverture des hostilités en août 1914, sur le conseil de S. F. Newcombe, Lawrence décide de ne pas s’engager immédiatement. Il attend octobre pour le faire car la Grande-Bretagne entend ne pas provoquer la Turquie. Elle attend que cette dernière entre dans le conflit.
La Révolte arabe
{{Article détaillé}} Fayçal]] sur des dromadaires en 1917 émir Abdullah]] à l'aérodrome d'Amman en 1921 Une fois engagé, il est nommé au Caire, où il travaille pour les services de renseignements militaires britanniques. Sa très bonne connaissance des Arabes en fait un agent de liaison idéal entre les Britanniques et les forces arabes. En juin 1916, il est envoyé dans le désert afin de rendre compte de l’activité des mouvements nationalistes arabes. Durant la guerre, il combat avec les troupes arabes sous le commandement de Fayçal ibn Hussein, un fils d'Hussein ibn Ali (chérif de La Mecque) qui mène une guérilla contre les troupes de l’Empire ottoman. La contribution principale de Lawrence à l’effort britannique consiste à convaincre les Arabes de coordonner leurs efforts afin d’aider les intérêts britanniques. Il persuade notamment les Arabes de consolider leurs positions sur les côtes du Hedjaz, à Rabigh et Yenbo, et de ne pas chasser tout de suite les Ottomans de Médine, forçant ainsi les Turcs à conserver de nombreuses troupes pour protéger la ville. Les Arabes harcèlent le chemin de fer du Hedjaz qui approvisionne Médine, immobilisant davantage de troupes ottomanes pour protéger et réparer la voie et empêchant ainsi l'ennemi de disposer de renforts contre les Anglais dans le Sinaï puis en Palestine. En 1917, après la prise d'El Ouedj, la route du nord s'ouvre à Fayçal et à ses hommes. Lawrence organise une action commune entre les troupes arabes et les forces de Auda Abu Tayi, chef des Howeitat, jusqu’alors au service des Ottomans, contre le port stratégique d’Aqaba, et ce sans prendre l'avis de l'État-major anglais du Caire qui a déjà organisé une opération amphibie pour tenter de s'emparer de la place mais qui ne pouvait espérer la conserver si l'on ne prenait pas en même temps le contrôle de la voie menant d'Aqaba à Maan où stationnait une importante garnison ottomane. La nouveauté, ici, c'est que Lawrence n'a pas accepté de suivre la logique de Fayçal, qui préférait, comme Aouda, une opération combinée terre-mer, à l'exemple de ce qui s'était passé pour la prise d'El-Ouedj, et l'idée de Lawrence a été de ne venir que par l'intérieur des terres, ce qui a créé la surprise, et une surprise totale (les travaux de J. Wilson et F. Sarindar montrent que Lawrence a su trouver le moyen de convaincre Fayçal et Aouda). De fait, le 6 juillet 1917, Aqaba tombe aux mains des Arabes. En novembre, Lawrence échoue dans sa tentative de faire sauter à la dynamite l'important viaduc de Tell el-Shehab, sur le Yarmouk, affluent du Jourdain. Un peu plus tard, il aurait été appréhendé par les Turcs à Deraa alors qu’il menait une mission de reconnaissance déguisé en Arabe. Il ne semble pas être reconnu, bien que sa tête ait été mise à prix. Il aurait fait l'objet de sévices mais serait parvenu malgré tout à s’échapper. Notons cependant que de nombreux biographes ont émis des doutes à propos de cette capture par les Turcs et des violences physiques et sexuelles que Lawrence aurait endurées (Richard Aldington, Suleiman Moussa, Desmond Stewart, François Sarindar, chacun pour des raisons différentes). Un an plus tard, le {{date}}, Lawrence participe à la prise de Damas, libérée par des troupes anglo-australiennes, après avoir aidé à remporter l'une des seules batailles rangées livrées par les Bédouins à Tafilah puis avoir talonné les colonnes turques en retraite.
Lawrence porte le costume arabe, monte à chameau, adopte nombre de coutumes locales et devient bientôt proche du prince Fayçal. Vers la fin de la guerre, il cherche sans succès à convaincre ses supérieurs de l’intérêt de l’indépendance de la Syrie pour le Royaume-Uni et notamment par le détournement des Arabes des seuls principes religieux pour l'investissement dans une logique politique à la façon des États modernes (« Il était bon, pour la Révolte arabe, d'avoir à changer sitôt de caractère au cours de sa croissance. Nous avions travaillé désespérément à labourer un sol en friche, tentant de faire croître une nationalité sur une terre où régnait la certitude religieuse, l'arbre de certitude au feuillage empoisonné qui interdit tout espoir. »). Néanmoins, il ne soutenait pas le projet du chérif Hussein de La Mecque de créer un grand royaume arabe comprenant le Hedjaz, la Jordanie, l'Irak et la Syrie. Pour lui, chacun de ces États devait être enfermé dans ses frontières propres : c'était l'intérêt des Britanniques de morceler le Moyen-Orient, même si, dans la logique de Lawrence, la Syrie devait acquérir une réelle indépendance. En juillet 1920, la colonne française du général Mariano Goybet, précédant le général Henri Joseph Eugène Gouraud, bat les troupes chérifiennes à Meissaloun et chasse Fayçal de Damas, brisant l’espoir de Lawrence de libérer durablement la Syrie, même si lui-même au fond reconnut plus tard que «... si nous gagnons la guerre, les promesses faites aux Arabes seraient un chiffon de papier... », faisant allusion aux accords secrets Sykes-Picot.
Pour ses actions d'éclat au cours du premier conflit mondial le lieutenant-colonel Lawrence reçut les distinctions suivantes :
- Compagnon de l’Ordre du Bain ({{date}})
- Compagnon du Distinguished Service Order ({{date}})
- 3 citations ({{date}}, {{date}} et {{date}})
- Chevalier de la Légion d’honneur ({{date}})
- Croix de Guerre 1914-1918 ({{date}})
L’après-guerre
Lawrence sur sa motocyclette Brough Superior SS100 Dans l’immédiat après-guerre, Lawrence travailla pour le Foreign Office et assista à la conférence de paix de Paris entre janvier et mai 1919 en tant que membre de la délégation de Fayçal. Il fut ensuite conseiller de Winston Churchill au Colonial Office jusque vers la fin de 1921. C'est lui qui obtint, avec son amie l'orientaliste Gertrude Bell, que la couronne d'Irak fût remise à Fayçal, qui venait de perdre le trône de Syrie.
En 1922, il mit fin à sa carrière de conseiller politique pour les affaires proche-orientales et contracta un engagement comme simple soldat dans la Royal Air Force, sous le nom de J.H. Ross, affecté pour se former à l'école de photographie de Farnborough. Des journalistes ayant appris le fait il dut, à son grand regret, la quitter en mars 1923.
Sous le pseudonyme de « Shaw », il s’engagea alors dans le Royal Tank Regiment. Il y prépara la version populaire des Sept piliers de la sagesse, écrit de 1919 à 1922 et publié dans une édition limitée et qui ne devait pas être donné au public avant le cinquantième anniversaire de la mort de l'auteur. Révolt in the Desert fut publié en 1927. Lawrence avait été réintégré dans la R.A.F en juillet 1925. En 1927, il fut affecté à Karachi, puis à Miranshah. Posté dans cette garnison où il manquait d'occupations, il utilisa son temps d'abord en écrivant The Mint, puis en traduisant lOdyssée jusqu'en 1931.
Selon une des nombreuses légendes sur la vie de Lawrence, il ne bougea point de sa base alors qu'à la même époque, un certain « Pir Karam Shah », un saint homme, fait son apparition dans la zone pachtoune de la frontière et prêche contre le roi Amanullah Khan d'Afghanistan. Un article du New York World publié en 1928 prétendit que des témoins accusaient ce dernier d'être Lawrence déguisé en Afghan, et qu'il aurait été reconnu par des Occidentaux. {{refnec}}. Face à l'importance de ce scandale naissant, les Britanniques prétendirent que ces rumeurs étaient infondées mais rapatrièrent Lawrence début 1929. Aujourd'hui encore, il existe deux versions de l'histoire : l'une, pro-britannique, qui prétend que Lawrence, qui se faisait appeler "Shaw", n'était qu'un soldat de la RAF, et l'autre le contraire. On peut se poser la question : « Pourquoi le colonel Lawrence a-t-il accepté d'aller dans une zone hostile aux Britanniques et à lui-même avec un pseudonyme et un grade subalterne ? » Seule réponse possible pour les théoriciens du complot : « il avait une mission particulière dans la région ». Il faut pour accepter cela considérer la traduction de l'Odyssée, encore diffusée aujourd'hui, comme une tâche secondaire.
Par la suite, il travailla à la mise au point de canots à grande vitesse pour le sauvetage des pilotes d'hydravion tombés en mer, au sein de la base RAF de Plymouth (« Air Sea Rescue »). En février 1931, il avait vu l'Iris Blackburn, le S238, s'écraser à l'amerissage. Analysant l'accident, il conclut que l'interférence de la hiérarchie dans une fonction technique en est à l'origine. Un supérieur hiérarchique, excellent pilote mais sans expérience des hydravions, avait enlevé, de force, le contrôle de l'appareil à son pilote expérimenté, mais de rang inférieur. Sans doute, Lawrence pouvait s'appuyer sur son expérience du combat avec des personnels qui n'étaient soumis à aucune hiérarchie. Il rendit au commandement un rapport préconisant de rendre la fonction technique supérieure au rang hiérarchique dans le poste de pilotage. Des réformes prirent en compte officiellement ce principe.
Selon F. Sarindar, l'accident rappela à Lawrence la mort de son frère William lors d'une reconnaissance aérienne le 23 octobre 1915. L'engin avait disparu en mer, et c'est ainsi que Thomas Edward s'intéressa à la conduite de vedettes rapides en suivant également de près leur construction (l'auteur rappelle aussi à cette occasion que leur grand-père maternel, John, était charpentier de marine). Il dut quitter à regret l’armée à la fin de son contrat en mars 1935.
Mort
Depuis 1923, Lawrence s'était découvert une passion pour les motocyclettes. Il en eut sept, qu'il baptisa toutes du nom « George », et d'un numéro selon l'ordre de possession. Le 13 mai 1935, alors qu'il roulait à grande vitesse sur la moto « George VII », il perdit le contrôle de sa machine en voulant éviter deux jeunes cyclistes. Il mourut le 19 mai. Il est inhumé dans le petit cimetière de la commune de Moreton, dans le Dorsetshire.