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Benjamin, Walter (1892-1940)

Biographie

Walter Benjamin naît à Berlin-Charlottenburg de parents juifs, Émile Benjamin (1856-1929) et Pauline (née Schoenflies). La poétesse Gertrud Kolmar est sa cousine, par le côté maternel. Son père était banquier, puis antiquaire et marchand d'art. Il passe son enfance dans cette ville et la relate plus tard dans Enfance berlinoise au {{XIXe}} siècle. Pour des raisons de santé, il effectue de 1904 à 1907 un séjour à la campagne. De 1905 à 1907, il fréquente la Hermann-Lietz-Schule à {{Lien}}, en Thuringe, où il subit l'influence de {{Lien}}, inspirateur du mouvement républicain « Freie Studentenschaft ». Celui-ci l'incite à s'engager dans les Jugendbewegungen. (= mouvements de jeunesse) Après le baccalauréat, en 1912, Walter Benjamin commença des études de philosophie, de germanistique ainsi que d'histoire de l'art à l'université de Fribourg-en-Brisgau.

« Penseur privé », il n'a pas exercé dans le cadre de l'université, même s'il a toutefois essayé sans succès d'intégrer celle-ci pour des raisons financières. Il n'a quasiment rien publié de son vivant, ses revenus consistant essentiellement en une rente paternelle. Il a été proche de Theodor Adorno ainsi que de Gershom Scholem avec qui il entretient une longue correspondance.

En 1910, il écrit des essais dans Der Anfang, la publication de ce mouvement, sous le pseudonyme « Ardor ». En 1912, il voyage en Italie. En 1914, il devient président des « Freien Studentenschaften » puis, en raison de désaccords, se retire des activités du groupe, y compris de la revue Der Anfang. Le suicide d'un couple d'amis le marque profondément. Il se fiance et commence la traduction des Tableaux parisiens de Charles Baudelaire. En 1915, {{Lien}} publie un texte encourageant la jeunesse allemande à servir sa patrie. Walter Benjamin lui écrit pour lui signifier son désaccord et rompt définitivement avec lui. Il rencontre {{Lien}}. En 1916 il rompt ses fiançailles pour vivre avec Dora Pollack (née Kellner), épouse de Max Pollack, qu'elle quitte.

En 1917, il reçoit un ordre de mobilisation, mais parvient à se procurer un certificat médical qui retarde son incorporation. Il se marie avec Dora Pollack, et passe quelque temps avec elle en sanatorium à Dachau, puis en Suisse. Il est inscrit à l'université de Berne. Il commence une thèse sur la critique d'art à l'époque romantique. En 1918, il a un fils, Stephan. Il achève la rédaction de sa thèse, soutenue à l'université de Berne. Il poursuit alors ses traductions de Baudelaire.

En 1919, il rencontre Ernst Bloch. En 1920 il déménage pour des raisons financières à Berlin avec sa femme et son fils. En 1921, il se sépare de son épouse, et vit à Heidelberg et Berlin. En 1922, à Heidelberg, il s'efforce d'obtenir une habilitation lui permettant d'enseigner à l'université. En 1923, il échoue de nouveau dans sa tentative d'être habilité à l'université, et rencontre Adorno. Son père a de gros problèmes financiers qui compromettent l'aide qu'il lui fournit.

Walter Benjamin suit de près la politique allemande ; il note à cet égard que « l’orientation de l’Action française lui semble finalement la seule qui permette sans s’abêtir, de scruter les détails de la politique allemande. »

En 1924, il effectue en même temps qu'Ernst Bloch un séjour à Capri. Il fait la connaissance de {{Lien}}, communiste lettone qui l'initie au marxisme. En 1925, il renonce à son habilitation.

En 1926, il séjourne en France, à Paris et dans le Var, ainsi qu'à Monaco. Il traduit Proust. À la mort de son père, il fait un passage à Berlin, revient en France, puis part pour Moscou. En 1927, il revient à Paris et termine la traduction dÀ l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Plaque commémorative au 10 rue Dombasle, Paris 15{{e}}, où Walter Benjamin vécut de 1938 à 1940.

En 1933, il émigre à Paris, et essaie de quitter l'Europe pour les États-Unis en 1940.

Mort tragique

La tombe de Walter Benjamin à Portbou. En juin 1940, il est enfermé au camp de Vernuche près de Nevers, puis libéré grâce à ses amis intellectuels. Un jour avant l'entrée de l'armée allemande dans Paris, Benjamin quitte la capitale et se rend à Lourdes. De là, il part à Marseille et finalement arrive à Port-Vendres le 25 septembre 1940 avec l'intention de fuir en Espagne.

Arrivé dans la petite commune des Pyrénées-Orientales, il se fait connaître auprès de Hans et Lisa Fittko, deux antinazis allemands qui peuvent lui faire franchir la frontière clandestinement. Malgré son âge (Walter Benjamin a quarante-huit ans) et ses problèmes de santé, le philosophe et deux autres candidats à l'exil, Henny Gurland et son fils José, conduits par Lisa, parviennent au bout d'une dizaine d'heures à Portbou. Il y écrit sa toute dernière lettre en français le 25 septembre 1940 : {{Citation}}. Le {{date}}, Walter Benjamin se suicide en absorbant une dose mortelle de morphine.

D'après Lisa Fittko, les autorités espagnoles ont avisé les trois fuyards qu'une nouvelle directive du gouvernement espagnol préconisait la reconduite des réfugiés en France et Benjamin n'aurait pas supporté la nouvelle. La nouvelle réglementation ne sera toutefois jamais appliquée et était sans doute déjà annulée quand il se donna la mort.

Les papiers contenus dans la serviette en cuir de Benjamin qui contenait, disait-il, un manuscrit « plus important que sa vie », n'ont pas été retrouvés même s'ils ont été répertoriés comme liasse de manuscrit dans la main courante de la police de Portbou. Le philosophe a aussi écrit une lettre d'adieu à Theodor W. Adorno, dictée à sa compagne de fuite Henny Gurland.

Bien que sa dépouille n'ait jamais été retrouvée, un monument funéraire lui est dédié au cimetière de Portbou. Une œuvre commémorative du sculpteur israélien Dani Karavan intitulée Passages a été érigée en hommage au philosophe dans le petit port catalan. Sa mort est évoquée dans l'opéra {{Lien}} (musique de Brian Ferneyhough, livret de Charles Bernstein).

D'autres hypothèses ont été émises au sujet de sa mort :

  • « Qui a tué Walter Benjamin... », film documentaire de David Mauas sur les circonstances de l'évènement à Port Bou, présente une réflexion sur l’histoire et son discours. Ainsi, le film propose une construction « benjaminienne » autour de la propre mort de l’écrivain tout en énonçant dans sa narration les problèmes dérivés du discours historique et de sa construction. Si le film met en cause la théorie du suicide et la documentation existante, il reflète également une situation de frontière en donnant la parole aux « anonymes » de l’histoire, s’inspirant de la maxime connue de Benjamin.
  • Selon Stephen Schwartz, il aurait été assassiné par des agents du NKVD, le service secret de l'URSS.