Aller au contenu principal

Barrès, Maurice (1862-1923)

Contents


Biographie

Enfance et débuts (1862 - 1887)

Plaque devant le logement de Maurice Barrès, lorsqu'il était étudiant à Nancy. Maurice Barrès en 1885.

La famille paternelle de Maurice Barrès est originaire d'Auvergne (sud-ouest de Saint-Flour). À la fin du {{XVIe siècle}}, une des branches de la famille s'installa plus au nord, à Blesle, dont Jean-Francis Barrès (arrière-grand-père de Maurice Barrès) fut maire et conseiller général. L'un de ses fils, Jean-Baptiste Auguste, après s'être engagé dans les vélites de la Garde impériale, prit sa retraite en 1835, à Charmes, dans le département des Vosges, où il s'était marié. De ce mariage avec une Lorraine, il eut un fils, Auguste (père de Maurice) qui lui-même épousa {{Mlle}} Luxer, dont le père fut maire de Charmes en 1870. Auguste Barrès, ancien élève de l'École centrale, fut un moment professeur, puis percepteur, avant de cesser tout travail.

Maurice Barrès naît le 19 août 1862. À l'âge de dix ans, il entre comme pensionnaire au collège de La Malgrange, près de Nancy. Il passe quatre années dans cet établissement et fait la rencontre de Stanislas de Guaita. Il gardera de cette première expérience de l'internat un souvenir douloureux. Ses camarades l'appellent « le corbeau » parce qu'il est « un petit garçon noir de cheveux, grave et isolé ».

{{Citation bloc}}

Il termine ses classes élémentaires et poursuit ses études à l'internat du lycée de Nancy. Il y reçoit un « enseignement qui éveille sans exciter », et passe sa vie entre les cours de morale et la lecture des lyriques modernes. En 1878, Stanislas de Guaita lui apporte en cachette les Émaux et Camées, les Fleurs du Mal et Salammbô. L'année suivante, il obtient d'être externe et partage sa chambre rue de la Ravinelle avec Stanislas de Guaita. « Toute la journée, et je pourrais dire toute la nuit, nous lisions à haute voix des poètes... En même temps que les chefs-d’œuvre, nous découvrions le tabac, le café et tout ce qui convient à la jeunesse{{,}}... »

Il effectue une année de droit à la faculté de Nancy et publie son premier article dans le Journal de la Meurthe et des Vosges pour soutenir la candidature de Paul de Saint-Victor à l'Académie française. En 1882, il écrit une étude littéraire dans la Jeune France, un périodique mensuel. Ses manuscrits sont remarqués par Leconte de Lisle et Anatole France qui souhaitent le faire venir à Paris. Il retourne à Charmes au mois de juillet, puis part pour Paris en janvier 1883 pour continuer officieusement ses études en droit. Il continue d'écrire des articles pour la Jeune France mais ne trouve pas d'éditeur à son Départ pour la vie. Devant le refus des éditeurs, il décide de s'imprimer lui-même et fonde une revue : les Taches d'encre. Il assume à lui seul la rédaction des quatre numéros. Dans le premier numéro, il expose son credo esthétique et politique :

{{Citation bloc}}

Ces fascicules ne sont pas un succès mais il continue à donner des articles à La Vie Moderne, la Revue Illustrée, la Revue des Lettres et des Arts, au Paris Illustré, dans les Chroniques, etc. À Paris, Maurice Barrès fréquente les cénacles littéraires. Il rencontre Paul Bourget, Charles Maurras, Leconte de Lisle, les frères Goncourt. Sursitaire pour poursuivre ses études, il est ensuite exempté du service militaire. Comme toute la jeunesse de son temps, il est très influencé par la pensée d'Hippolyte Taine et celle d'Ernest Renan, qu'il n'hésite pourtant pas à brocarder dans deux courts récits de 1888, Monsieur Taine en voyage et Huit jours chez Monsieur Renan. En janvier 1887, sa santé fragile l'amène en Italie où il écrit les pages principales de Sous l’œil des Barbares. À son retour à Paris en avril il trouve un éditeur et publie son livre à la fin de l'année 1887. Confronté au silence de la presse et à la méconnaissance de l’œuvre, Barrès repart en Italie.

Les premiers romans (1888 - 1896)

C'est Paul Bourget qui le premier, en 1888, dans un article au Journal des Débats, attire l'attention sur l'auteur, encore inconnu, de Sous l'œil des Barbares. Les trois volumes du Culte du Moi lui valent l'admiration de la jeunesse, ainsi Léon Blum se souvient-il dans un article de 1903 :

{{Citation bloc}}

Ainsi Jean Tharaud :

{{Citation bloc}}

En ces années où Émile Zola (et le naturalisme) est au sommet de sa gloire, Maurice Barrès, pour qui les écrits de Zola ne sont alors que « grossièretés retentissantes », est sacré « prince de la jeunesse ». Ainsi, Henri Massis rappelle « qu'en 1890, au Conseil supérieur de l'Instruction publique, le recteur Octave Gréard exprimait le regret que Barrès fût, avec Verlaine, l'auteur le plus lu par les rhétoriciens et les philosophes de Paris ». Le guide Paris-Parisien, qui le considère en 1899 comme une « notoriété des lettres », relève son « culte du moi » tout en le considérant comme un « ironiste délicat et subtil », un « polémiste violent » et un « styliste hors ligne ».

Dans Le Culte du Moi, Maurice Barrès « affirme les droits de la personnalité contre tout qui se conjugue pour l'entraver », y revendiquant « le petit bagage d'émotions qui est tout mon moi. À certains jours, elles m'intéressent beaucoup plus que la nomenclature des empires qui s'effondrent. Je me suis morcelé en un grand nombre d'âmes. Aucune n'est une âme de défiance ; elles se donnent à tous les sentiments qui la traversent. Les unes vont à l'église, les autres au mauvais lieu. Je ne déteste pas que des parties de moi s'abaissent quelquefois. » Maurice Barrès, le futur apologiste de la terre et des morts, y fait alors également le vœu « d'habiter n'importe où dans le monde ».

Le Culte du Moi

Dans Sous l'œil des Barbares (1888), premier roman de ce triptyque, Maurice Barrès s'attache à démontrer que notre moi n'est pas immuable, il faut constamment le défendre et le créer. Le culte du moi est d'abord une éthique qui réclame des efforts réguliers. Notre premier devoir est de défendre notre moi contre les Barbares, c'est-à-dire contre tout ce qui risque de l'affaiblir dans l'épanouissement de sa propre sensibilité.

{{Citation bloc}}

Dans le second roman, Un Homme libre (1889), Maurice Barrès fixe les trois principes de sa méthode :

{{Citation bloc}}

Manifestation de la Ligue des patriotes le 14 juillet 1912. Maurice Barrès est au côté de Paul Déroulède. Maurice Barrès et Paul Déroulède à un rassemblement de la Ligue des patriotes lors de la fête de Jeanne d'Arc à Paris en 1913.

Cependant, cette méthode lui fait prendre conscience que le fait de s'analyser le fait remonter à son passé, dont il est le produit, et notamment à son origine géographique, la Lorraine.

{{Citation bloc}}

Dans le dernier volet du Culte du Moi, Le Jardin de Bérénice (1891), Maurice Barrès, député boulangiste de Nancy depuis 1889, retrace une campagne électorale. Le récit se déroule en Provence, dans la région d’Aigues-Mortes, qu'il compare aux forêts du Nord :

{{Citation bloc}}

Premier mandat de député

Discours de Maurice Barrès aux obsèques de Paul Déroulède en 1914. Portrait de Maurice Barrès dans un album de famille, 1880-1910. Ismaéliens]] de {{lien}} au Proche-Orient en 1914. Maurice Barrès prononce un discours à la cérémonie des morts sur le front des Vosges près de Gerbéviller en 1914.

Barrès est élu député boulangiste de la troisième circonscription de Nancy le 22 septembre 1889 à 27 ans. Il se veut aussi socialiste et siège à l'extrême gauche. Il se bat en duel le 3 novembre 1889 contre un avocat de Nancy. Nouveau duel à l'épée le 11 novembre 1889 à Nancy, contre Groulette, directeur de l'Est républicain (boulangiste), à la suite d'un article polémique dans le Courrier de l'Est, dont il sort légèrement blessé. Barrès se battra de nouveau en duel en 1894 contre Francis de Pressensé. Barrès épouse Paule Couche, catholique fervente, le 11 juillet 1891, à Paris en l'église Saint-Séverin. De cette union naitra un fils unique : Philippe Barrès, né en 1896 à Neuilly-sur-Seine.

En 1893 parait L'ennemi des Lois, dont le personnage principal passe trois mois à Sainte-Pélagie pour propagande anarchiste. Maurice Barrès revient sur la nécessité de trouver « l'énergie de conformer nos mœurs à nos façons de sentir », tâche d'autant plus difficile à réaliser que « notre malaise vient de ce que nous vivons dans un ordre social imposé par les morts, nullement choisi par nous-mêmes. »

En 1894, dans Du sang, de la volupté et de la mort, Maurice Barrès délivre des impressions de voyages, effectués en Espagne et en Italie autour de 1892. La mélancolie, le spleen élégant de ces récits de voyage marqueront la sensibilité de la fin de siècle.

De 1893 à 1897, Maurice Barrès suit les cours de Jules Soury à l'École pratique des hautes études. Pour l'historien Zeev Sternhell, Jules Soury fut le véritable maître à penser de Barrès. Or Jules Soury tente de fonder le respect des traditions, la défense de la race et le caractère sacré de la patrie sur la « continuité substantielle des caractères héréditaires ».

L'écrivain engagé (1897 - 1905)

Barrès dirige la revue nationaliste La Cocarde de septembre 1894 à mars 1895 et fait l'éloge funèbre du Marquis de Morès en 1896. Il adhére ensuite à la Ligue de la patrie française en 1899 puis à la Ligue des patriotes de Paul Déroulède, et est un antidreyfusard antisémite.

Alors que le jeune Léon Blum vient lui rendre visite en espérant le rallier au combat pour la réhabilitation de Dreyfus, il refuse et écrit un certain nombre d'articles antisémites, affirmant notamment dans Scènes et doctrines du nationalisme : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race. » Dans le même ouvrage, il écrit qu'Émile Zola, qui a pris la défense de Dreyfus « n'est pas un Français », ce qui explique, selon lui, la prise de position de Zola en faveur de Dreyfus: {{citation bloc}}

Proche de Charles Maurras, son cadet mais qui exerce sur lui une réelle fascination, Barrès refuse pourtant d'adhérer aux idées monarchistes tout en marquant, jusqu'à sa mort, sa sympathie pour l'aventure intellectuelle de l'Action française.

De 1897 à 1902, Barrès publie le Roman de l'énergie nationale. Cette trilogie témoigne de l'évolution de Maurice Barrès vers le nationalisme républicain et le traditionalisme, l'attachement aux racines, à la famille, à l'armée et à la terre natale. Dans Les Déracinés (1897), « le livre qui eut le plus de succès dans les premières années du {{s-}} » selon Pierre de Boisdeffre, un groupe de lycéens lorrains est incité par leur professeur de philosophie à poursuivre leurs études à Paris. Tous partent pour la capitale tenter l'aventure politique et la réussite sociale, où chacun suit son destin. Dans L’Appel au soldat (1900) et Leurs figures (1902), les anciens lycéens connaissent des parcours différents : si les uns se sont avilis en se vendant corps et âme, en pratiquant le chantage, l’un d’entre eux, devenu boulangiste, connaît le succès politique et affronte leur ancien professeur, devenu député de l’opposition. Vaincu à la fin de l’œuvre, compromis dans le scandale de Panama, le maître s’inclinera devant l’élève.

Dans son célèbre discours du {{date}} à la Ligue de la patrie française, intitulé La Terre et les Morts, Maurice Barrès revient longuement sur la nécessité de « restituer à la France une unité morale, de créer ce qui nous manque depuis la révolution : une conscience nationale ».

{{Citation bloc}}

En 1902, dans Scènes et doctrines du nationalisme, Barrès affirme et définit sa doctrine politique. Il plaide pour un fédéralisme, plus conforme à la tradition française. La nation est considérée comme une multiplicité de familles : « Familles d'individus, voilà les communes ; familles de communes, voilà la région ; familles de régions, voilà la nation ; une famille de nations, citoyens socialistes, voilà l'humanité fédérale où nous tendons en maintenant la patrie française et par l'impulsion de 1789. » Ainsi la « nationalité » a un sens aussi bien local (nationalité lorraine) que national (nationalité française) : « La nationalité française, selon nous, est faite des nationalités provinciales. Si l'une de celles-ci fait défaut, le caractère français perd un de ses éléments. » L'individualisme des débuts laisse la place à la théorie organique du lien social : « l'Individu n'est rien, la société est tout. »

En 1903, dans Amori et Dolori Sacrum, Maurice Barrès retrace son évolution personnelle dans son texte « Le 2 novembre en Lorraine ». Dans ce texte, véritable « point d'orgue » de sa pensée, Barrès développe l'idée que notre « Moi » n'est que « l'éphémère produit de la société », et en vient, à nouveau, à la conclusion que « notre raison nous oblige à placer nos pas sur les pas de nos prédécesseurs » :

{{Citation bloc}}

Maurice Barrès est aussi le grand écrivain de la Revanche contre l'Allemagne victorieuse en 1871. C'est aux fins de « service national » qu'il rédige les trois volumes des Bastions de l'Est : Au service de l'Allemagne (1905), Colette Baudoche (1909) qui obtient un immense succès, puis, bien plus tard, Le Génie du Rhin (1921).

L'académicien et l'homme politique (1906 - 1921)

Discours de Barrès au monument commémoratif de la guerre franco-allemande de 1870 à Champigny-sur-Marne en 1915. Visite de Maurice Barrès sur le front italien à Maggio en 1916.

Élections à l'Académie et à l'Assemblée nationale

Maurice Barrès est élu le 18 janvier 1906 à l'Académie française où il succède à José-Maria de Heredia et entre également à l'Académie de Stanislas comme membre associé. Il est élu la même année comme député de Paris (premier arrondissement, circonscription des Halles) le 6 mai 1906 au premier tour de scrutin. Il siège alors au sein de l'Entente républicaine démocratique. Après avoir échoué aux élections de 1893 (Neuilly-Bourgogne), 1896 (Boulogne-Billancourt), 1898 (Nancy, troisième circonscription), 1903 (Paris, quatrième arrondissement), il ne cessera plus dès lors d'être député jusqu'à sa mort (élections générales des 24 avril 1910, 26 avril 1914, 16 novembre 1919).

Ses principaux discours de 1906 portent sur l'affaire Dreyfus et sur la loi de séparation des Églises et de l'État. Le 8 juillet 1908, il défend la peine de mort. Le 19 mars 1908, un vif duel oratoire l'oppose à Jean Jaurès au Parlement, Barrès refusant la panthéonisation d'Émile Zola défendue par Jaurès. Adversaire politique mais ami de Jaurès et des pacifistes à la veille de la Grande Guerre, Barrès vint un des premiers s'incliner, le {{date}}, devant le corps de Jaurès, assassiné la veille par le nationaliste Raoul Villain.

Une séance à la Chambre des députés : Maurice Barrès et Aristide Briand en 1921. À partir de 1910, Barrès lance une fameuse campagne pour les églises menacées par les effets de la loi de séparation de 1905. Il polémique avec Aristide Briand, écrit une lettre ouverte au ministre de l'Intérieur, lance une pétition signée de 450 artistes, et prononce à la Chambre les trois discours retentissants qui seront recueillis dans La Grande Pitié des églises de France (1914).

Le romancier-voyageur

Parallèlement à son activité politique, Maurice Barrès publie plusieurs essais (Les amitiés françaises, 1903 ; Ce que j'ai vu au temps du Panama, 1906), des recueils d'articles ou de discours (Chronique de la Grande Guerre, 1914-1920), ainsi que ses Cahiers (1896-1929). En 1907, il rachète le château de Mirabeau à l'écrivaine Gyp.

En 1913, Barrès publie La Colline inspirée dont l'incipit, « Il est des lieux où souffle l'esprit », est resté célèbre. Dans ce récit mystique, où il se tourne vers ces « lieux élus de toute éternité pour être le siège de l'émotion religieuse » il recommande un retour au christianisme pour des raisons sociales et politiques.

Barrès voyage beaucoup, notamment en Espagne, et en Grèce d'avril à mai 1900, un périple qu'il retrace dans son récit de voyage Voyage à Sparte (1906), voyage dont il revient un peu déçu : « Je me suis aperçu que ma terre sainte était ailleurs ! L'hellénisme est la propriété de mes professeurs. Cela ne parle pas à mon cœur, cela ne frappe pas mon imagination et j'ai horreur des exercices littéraires. »

Il remonte le Nil entre décembre 1907 et janvier 1908. De ce voyage, on ne connaît que quelques notes dans ses Cahiers. En 1911, dans Greco ou Le secret de Tolède, où il décrit la ville de Tolède et la peinture du Greco, Barrès cherche à reproduire « les expériences d'un étranger qui veut se soumettre aux influences de Tolède » et donner « un chemin royal à chacun de nous pour pénétrer dans la connaissance du génie espagnol ». Barrès retourne en Orient en mai-juin 1914 : Alexandrie, Beyrouth, Damas, Alep, Antioche, etc. Son récit de voyage Une Enquête aux pays du Levant parait, un peu avant sa mort, en novembre 1923.

Le rossignol des carnages

Pendant la Grande Guerre, Barrès est un acteur important de la propagande de guerre qui lui valut d’être élu par Le Canard enchaîné, chef « de la tribu des bourreurs de crâne. » L'écrivain se fait le champion du « jusqu'auboutisme » dans les articles qu'il écrit chaque jour pendant quatre ans à l’Écho de Paris. Il exalte les combats en cours et se voit décerner par Romain Rolland le surnom de « rossignol des carnages. » Il inaugure une campagne de presse pour la création d'une décoration pour récompenser les soldats de la Grande Guerre, qui deviendra la Croix de guerre 1914-1918. Pendant la bataille de Verdun, il nomme « Voie Sacrée » la ligne de ravitaillement menant à Verdun, en référence à l'antique Via Sacra qui menait au triomphe : « C’est la route sacrée. Elle deviendra légendaire, elle continuera à parler à jamais à cette longue plaine meusienne qui vit passer tant d’invasions. » Le pacifisme était certes devenu une opinion très minoritaire, et la lutte contre l'Allemagne impériale pangermaniste, « la guerre du droit », avait emporté l'adhésion même d'une majorité des socialistes et des anarchistes. Ses carnets montrent cependant qu'il n'était pas dupe de l'optimisme de commande qu'il affichait dans ses propres articles : ils révèlent des poussées de pessimisme et un fréquent désabusement, parfois à la limite du défaitisme.

Atténuant en partie l'expression de son antisémitisme, Maurice Barrès rend pendant la Grande Guerre un hommage aux Juifs français dans Les familles spirituelles de la France (1917) où il les place au côté des traditionalistes, des protestants et des socialistes comme un des quatre éléments du génie national. Barrès rend notamment hommage aux Juifs tués pendant la Grande Guerre : Amédé Rothstein, Roger Cahen, Robert Hertz. Il immortalise la figure du rabbin Abraham Bloch, frappé à mort au moment où il tendait un crucifix à un soldat mourant.

Avec un certain nombre de chefs nationalistes et militaires tel Ferdinand Foch, il plaida pour une nouvelle frontière plus sûre sur la rive gauche du Rhin. Le {{date}}, la Chambre des députés adopta son projet visant à instituer une fête nationale de Jeanne d'Arc.

Dernières années (1922 - 1923)

Funérailles nationales de Maurice Barrès à Paris en 1923.

On sait qu'il aima, de façon semble-t-il platonique, la poétesse Anna de Noailles, et que cet amour lui inspira peut-être Un Jardin sur l'Oronte (1922), roman qui choqua nombre de ses lecteurs catholiques. Pierre de Boisdeffre remarque que « l'on ne comprendrait rien à l'œuvre de Barrès si l'on n'y soupçonnait pas le filigrane, les intermittences du cœur ». La « querelle de l'Oronte » démarre à partir d'un article de José Vincent, paru dans La Croix du 9 juillet 1922. Rejoint par Vallery-Radot, Bernoville et Henri Massis, José Vincent s'inquiète de l'influence de ce roman sur le public et met en accusation Barrès du point de vue de la morale religieuse. Barrès répond dans l’Écho de Paris :

{{Citation bloc}}

Quelques mois avant sa mort Maurice Barrès publie Souvenirs d'un officier de la grande armée, dans la préface duquel il a ce singulier pressentiment : « J'ai achevé ma matinée en allant au cimetière de Charmes causer avec mes parents. Les inscriptions de leurs tombes me rappellent que mon grand-père est mort à soixante-deux ans et tous les miens, en moyenne, à cet âge ; elles m'avertissent qu'il est temps que je règle mes affaires. »

Maurice Barrès meurt le 4 décembre 1923, à l'âge de 61 ans, dans sa maison de Neuilly-sur-Seine, foudroyé par une congestion pulmonaire. Après des funérailles nationales célébrées à Notre-Dame de Paris en présence d'Alexandre Millerand, de Raymond Poincaré et du maréchal Foch, il est enterré au cimetière de Charmes{{,}}.