Erickson, Milton H. (1901-1980)
Contents |
Biographie
La jeunesse
Milton Erickson naît le {{Date}} à Aurum, une petite ville minière du Nevada aujourd'hui disparue. Son père, Charles, originaire de Chicago et descendant d'immigrés scandinaves, et sa mère, Clara, qui a du sang indien dans les veines, se sont mariés dans le Wisconsin en 1881. Milton est atteint de troubles sensoriels et perceptifs congénitaux : il est daltonien et amusique. Sa perception du monde modifiée lui fait prendre conscience dès son plus jeune âge du caractère relatif des cadres de références des êtres humains. Lorsque Milton et sa sœur aînée atteignent l'âge de la scolarité, leurs parents s'installent à Lowell, dans le Wisconsin, après y avoir acheté une ferme. Milton, ses sept sœurs et son frère, participent tous aux travaux de la ferme. Avec la scolarisation, on se rend compte que le jeune Milton n'est pas seulement incapable de reconnaître les rythmes et les sonorités musicales, mais qu'il est aussi atteint de dyslexie sévère.
En 1919, à l'âge de 17 ans, Erickson contracte une forme grave de poliomyélite. Un soir, alors qu'il est au plus mal, alité dans sa chambre, il entend un médecin dire à sa mère dans la pièce voisine que son fils sera mort le lendemain matin. Erickson raconte comment il demande à sa mère de déplacer son lit de manière à pouvoir voir le coucher de soleil une dernière fois avant de mourir. Il vit alors ce qu'il appelle une expérience d'autohypnose, au cours de laquelle il ne voit que le coucher de soleil, faisant abstraction de l'arbre et de la barrière qui entravent sa vue par la fenêtre. Il sort totalement paralysé d’un coma de trois jours, seulement capable de parler et de bouger les yeux. Ne pouvant bouger, il meuble son ennui par des jeux d'observation, par lesquels il développe une capacité à percevoir les signes non verbaux émis à la limite du seuil de perception. Il observe, en voyant ses sœurs discuter entre elles, que souvent le langage verbal dit une chose alors que le langage du corps en dit une autre. {{citation}}. Ses efforts pour se rééduquer l'amènent à redécouvrir par lui-même beaucoup des phénomènes classiques de l'hypnose et la manière de les utiliser à des fins thérapeutiques. Erickson raconte : {{citation}}. Il passe aussi des heures entières à observer sa plus jeune sœur apprendre à marcher.
Erickson garde de nombreuses et douloureuses séquelles physiques de la polio. Conscient qu'il ne pourra pas devenir fermier, il décide de devenir médecin. En 1921, après onze mois d'entraînement, Erickson est capable de marcher avec des béquilles et s'inscrit parallèlement en médecine et en psychologie à l'université du Wisconsin. Le {{Date}}, avec seulement cinq dollars en poche, Erickson entreprend un périple solitaire de 1200 miles en canoë à travers les quatre lacs de la région de Madison dans le Wisconsin. Il revient de son aventure capable de marcher sans béquilles et de porter son canoë sur son dos, ses cinq dollars toujours en poche. En 1923, Erickson se marie pour la première fois.
Premières expériences avec l'hypnose
psychologue]] Joseph Jastrow (1863-1944) a apporté son soutien à Milton Erickson dans ses travaux sur l'hypnose.
En 1923 et 1924, Erickson, alors étudiant en troisième année de médecine, participe au séminaire sur l'hypnose organisé à l'université du Wisconsin par Clark L. Hull, un des pères fondateurs de la psychologie expérimentale et des théories de l'apprentissage aux États-Unis. C'est avec Hull que prend naissance l'application de la méthode expérimentale à l'hypnose. Hull cherche à appliquer au domaine de l'hypnose une méthodologie stricte et reprend le fameux débat entre suggestion (École de Nancy) et état modifié de conscience (École de la Salpêtrière). La plupart des expériences de Hull se concentrent sur la question de la suggestibilité. Prenant parti en faveur de l'École de Nancy, il ne mentionne jamais aucune base physiologique pour cet état particulier que serait l'hypnose.
Au printemps de 1923, Hull manifeste de l'intérêt pour le travail expérimental d'Erickson sur l'hypnose et lui propose de poursuivre ses recherches pendant l'été et d'en faire le compte rendu en septembre devant le séminaire de troisième cycle sur l'hypnose que doit organiser le département de psychologie.
Erickson met vite en doute la conviction de Hull selon laquelle l'opérateur, à travers ce qu'il dit et fait au sujet, est beaucoup plus important que les processus comportementaux internes du sujet sous hypnose. Il critique également {{citation}} sans tenir compte des différences individuelles entre les sujets. En octobre 1923, Erickson décide de mener ses propres recherches et commence à développer diverses techniques d'induction hypnotique permissive et indirecte. Les expériences menées par Erickson déplaisent à Hull, qui a l'impression qu'il ne tient pas assez compte de l'importance des suggestions et de la suggestibilité. De son côté, Erickson s'oppose à Hull pour qui un sujet hypnotisé perçoit et ressent la réalité qui l'entoure de la même manière que lorsqu'il n'est pas hypnotisé. Alors qu'Erickson s'éloigne de Hull, il obtient le soutien d'autres professeurs, parmi lesquels le psychologue Joseph Jastrow et le neurologue Hans Rees, qui avait beaucoup utilisé l'hypnose dans l'armée allemande durant la Première Guerre mondiale.
En 1928, Erickson obtient son doctorat en médecine en même temps que sa maîtrise de psychologie au Colorado general hospital. Il est ensuite stagiaire en psychiatrie au Colorado psychopathic hospital, où on lui interdit de mentionner l'hypnose, puis médecin assistant au State Hospital for Mental Diseases à Howard (Rhode Island).
Premiers articles sur l'hypnose
D'avril 1930 à 1934, il est médecin-adjoint puis médecin-chef du service de recherche à l'hôpital d'État de Worcester dans le Massachusetts. C'est à cette époque qu'il est autorisé officiellement à reprendre ses recherches en hypnose et qu'il publie son premier article sur le sujet. En 1933, après dix ans de vie commune, Erickson se sépare de sa femme et obtient la garde de leurs trois enfants, Lance, Bert et Carol. En 1934 il devient directeur de la recherche psychiatrique à l'hôpital psychiatrique Eloise, aussi appelé Wayne County Hospital, dans le Michigan. Cette même année, lors d'une réunion scientifique, il rencontre Elisabeth Moore, « Betty », alors étudiante en psychologie à l'université du Comté de Wayne, qui devient son assistante de recherche durant l'été 1935. En 1936, Elisabeth devient psychologue et se marie avec Erickson. Ils ont ensemble cinq enfants (Betty Alice, Allan, Bobby, Roxie et Kristina). Elisabeth fait elle-même une carrière de psychologue et reste sa compagne et sa collaboratrice jusqu'à la fin de sa vie. Betty Erickson est connue pour avoir développé l'induction « spirale des sens » en autohypnose.
C'est dans le Michigan qu'Erickson réalise la plupart de ses expériences sur l'hypnose, notamment celles concernant la surdité hypnotique et le daltonisme hypnotique. C'est également à cette époque que le psychothérapeute et neurologue Lawrence Kubie commence à s'intéresser aux travaux d'Erickson et qu'ils publient ensemble plusieurs articles dans la revue Psychoanalytic quarterly.
La Seconde Guerre mondiale et la cybernétique
anthropologue]] Margaret Mead (1901-1978) fut une collaboratrice et une amie de Milton Erickson. De 1939 à 1948, Erickson est directeur de la recherche et de la formation psychiatrique au sein de l'hôpital psychiatrique Eloise. À partir de 1940, il travaille pour le gouvernement des États-Unis dans le cadre de l'effort de guerre à une recherche sur la structure de personnalité japonaise et les effets de la propagande nazie. C'est dans ce contexte qu'il rencontre le couple d'anthropologues Gregory Bateson et Margaret Mead. Ces derniers le consultent à propos des processus de transe qu'ils ont pu observer dans leur travail de terrain à Bali. Pendant la guerre, il est également chargé d'évaluer les recrues, devant décider en quelques minutes de leur aptitude psychique à rejoindre l'armée.
Le {{Date}}, Kubie invite Erickson à la première conférence Macy, organisée pendant deux jours à l'hôtel Beekman de New York sur le thème de l'« inhibition cérébrale ». La conférence, organisée par le directeur médical de la fondation Macy, Frank Fremont-Smith, est principalement consacrée à l'hypnose et aux réflexes conditionnés. Parmi les participants figurent le neuropsychiatre et mathématicien Warren McCulloch, le neurophysiologiste Arturo Rosenblueth, Gregory Bateson et Margaret Mead. Les discussions sont principalement menées par Erickson et par le béhavioriste Howard Liddell, spécialiste du conditionnement des mammifères. Cette conférence est à l'origine de l'émergence du mouvement cybernétique.
La Seconde Guerre mondiale contribue en outre à relancer la question de l'hypnose, et en particulier son utilisation souvent efficace dans les névroses de combat.
Au début de l'automne 1947, il se blesse, notamment au visage, lors d'un accident de vélo dû à une collision avec un chien. En raison de ses nombreuses allergies, il décide de se faire administrer un traitement anti-tétanos par piqûres et dix jours plus tard, il tombe sévèrement malade (maladie sérique). Finalement, au printemps 1948, il est hospitalisé à l'hôpital universitaire du Michigan, à Ann Arbor.
Le sage de Phoenix
Phoenix, Arizona]] à la fin des années 1930.
En 1948, suivant le conseil de ses médecins d'aller vivre dans un endroit désertique en raison de ses nombreuses allergies, Erickson s'installe à Phoenix, en Arizona. Après avoir travaillé un an au sein de lArizona State Hospital, dirigé par son vieil ami le psychiatre John Larson, il ouvre un cabinet de consultations privées à son domicile de Cypress Street, une modeste maison de briques. Son cabinet est une petite pièce contiguë à la salle à manger et son salon fait office de salle d'attente. Étant toujours féru d'enseignement, Erickson commence alors à animer les Seminars on Hypnosis, des ateliers de formation à l'hypnose qu'il donne à travers tous les États-Unis. En 1949, avec l'obstétricien William Kroger et le psychologue André Weitzenhoffer, il contribue à la création de la Society for Clinical and Experimental Hypnosis. Pendant presque un an, au début des années cinquante, Erickson et Aldous Huxley consacrent beaucoup de temps à préparer une étude commune sur les différents états de conscience. Leur projet prend fin lorsqu'un incendie de broussailles détruit la maison de Huxley à Los Angeles et leurs carnets respectifs pour cette étude.
En 1950, une jeune psychiatre, Linn Fenimore Cooper, propose à Erickson de mener avec elle une expérience sur la distorsion du temps en hypnose, partiellement financée par la NACA (qui devient la NASA en 1958). Ils publient ensemble les résultats de cette expérience en 1954.
C'est à cette époque, alors qu'il est âgé de 51 ans, qu'Erickson est une seconde fois victime de la polio sans qu'il soit possible a posteriori d'établir s'il s'agit d'une aggravation brusque d'un syndrome post-polio (caractérisé par des douleurs et faiblesses musculaires causées par l'usage systématique de muscles partiellement paralysés{{,}}), ou d'une authentique deuxième infection par une souche du virus de la polio différente de celle ayant causé la maladie contractée en 1919.
Cette seconde attaque le laisse encore plus handicapé qu'auparavant, mais ayant déjà traversé une épreuve similaire, il applique à cette occasion les stratégies qu'il a mises au point pour retrouver sa force musculaire. N'ayant récupéré que partiellement, il est par la suite contraint de se déplacer en fauteuil roulant et souffre de douleurs chroniques qu'il combat par l'autohypnose :
{{Citation}} ({{Citation étrangère}}.)
Olneya tesota, le bois de fer du désert de Sonora au Mexique. Une sculpture d'animal en bois de fer (Olneya tesota) des Indiens Seri
Passionné de botanique, Milton Erickson possède une riche collection de cactées, dont il est particulièrement fier. En raison de son daltonisme, il n'est capable de reconnaître qu'une seule couleur, le pourpre. Il possède donc de nombreux vêtements et objets de cette couleur. Il collectionne aussi les sculptures en bois de fer (le palo fierro, Olneya tesota) des Amérindiens Seri du désert de Sonora, au Mexique.
En 1953, Erickson organise un séminaire de week-end sur l'hypnose à San Francisco. Jay Haley, qui participe à un programme de recherche sur l'étude de la communication dirigé par l'anthropologue Gregory Bateson, manifeste son désir d'y participer et Bateson organise la rencontre. Le {{date}}, Bateson écrit la lettre suivante à Erickson : {{citation}}. Erickson se montre intéressé par le projet et, de 1955 à 1960, Haley et John Weakland lui rendent souvent visite à Phoenix, où ils passent de longues heures à discuter avec lui de la nature de l'hypnose et à l'observer lorsqu'il travaille avec ses patients. Au cours de cette période, Erickson se rend régulièrement à Palo Alto pour rencontrer les autres membres du projet, Bateson et le psychiatre Donald D. Jackson.
En 1957, Erickson fonde lAmerican Society of Clinical Hypnosis avec William Kroger en vue de proposer une alternative à l'hypnose « de laboratoire », focalisée sur les généralités plutôt que sur les spécificités de la transe et de son induction. Pendant dix ans, il est le directeur du journal de l'association, The American journal of clinical hypnosis.
En 1970, Erickson quitte Cypress Street pour s'installer à Hayward Avenue. C'est en 1973, à la suite de la publication par Jay Haley de Uncommon therapy, que le nom d'Erickson devient connu du grand public. L'année suivante, Erickson met fin à sa pratique de psychothérapeute et rencontre, par l'intermédiaire de Gregory Bateson, les fondateurs de la PNL, Richard Bandler, John Grinder ainsi que Robert Dilts et Stephen Gilligan. Au cours des six dernières années de sa vie, Erickson accueille chez lui de nombreux psychothérapeutes venus du monde entier pour discuter avec eux d'hypnose, de thérapie et de la vie en général, au cours de séances quotidiennes de quatre à cinq heures.
En décembre 1980, à Phoenix, a lieu le premier congrès international consacré à Erickson ; cependant celui-ci meurt le {{date}} d'un choc septique, lié à une infection qui se manifeste sous la forme d'une péritonite, six mois avant la tenue de cette manifestation. Le corps d'Erickson est incinéré, et ses cendres sont dispersées sur le mont Squaw Peak (aujourd'hui appelé Piestewa Peak), où il envoyait souvent ses patients et ses élèves effectuer des tâches thérapeutiques.
Le Squaw peak, près de Phoenix, Arizona, où les cendres de Milton Erickson ont été dispersées après sa mort.