Josquin Des Prés (1440?-1521?)
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Biographie
Josquin des Prés aurait d'abord été chantre dans le chœur de l'église collégiale de Saint-Quentin (Aisne) en même temps que son ami et collègue l'autre compositeur franco-flamand Jean Mouton, puis il fut, de 1459 à 1472, "biscantor" (littéralement, choriste qui peut assurer deux parties vocales, au choix selon les besoins), à la cathédrale de Milan (Italie). Il entra en 1474 au service du duc Galeazzo Maria Sforza comme cantore di cappella (chantre d'église). Entre 1476 et 1504, il passa au service du cardinal-duc Ascanio Sforza. De 1486 et 1494, il fut attaché à la chapelle pontificale, mais voyagea beaucoup : Milan, Modène, Nancy, Paris, Plaisance … Un temps musicien à la cour du roi de France Louis XII, il fut maître de chœur de l'église royale (maintenant basilique) de Saint-Quentin en 1509. Vers 1500, il quitta Rome pour entrer au service du duc de Ferrare, auprès duquel il restera jusqu'en 1515. Il fut alors nommé chanoine à Condé-sur-l'Escaut jusqu'à sa mort.
Naissance et début de la carrière
On connaît peu de choses des premières années de la vie de Josquin. L'essentiel est surtout déductif et spéculatif bien que de nombreux indices aient été relevés dans ses œuvres et dans les écrits de compositeurs contemporains, de théoriciens et d'auteurs des générations suivantes. Josquin est né dans une région placée sous l'autorité des ducs de Bourgogne et probablement dans le Comté de Hainaut (Belgique et France moderne), ou immédiatement après la frontière dans la France actuelle, puisque plusieurs fois dans sa vie il a été considéré légalement comme Français. Il a longtemps été confondu avec un personnage au nom voisin, Josquin de Kessalia, né autour de l'année 1440, qui a chanté à Milan de 1459 à 1474, et est mort en 1498. Il a été démontré que Josquin des Prés était né autour de 1450 ou quelques années plus tard et n'avait pas été en Italie avant les années 1480.
Vers 1466, peut-être à la mort de son père Gossart Lebloitte dit des Prez, Josquin est désigné comme leur héritier par son oncle et sa tante, Gilles Lebloitte dit des Prez et Jacque Banestonne. Selon Matthews et Merkley, « des Prez » était un surnom.
Selon Claude Hémeré, ami et bibliothécaire du cardinal de Richelieu dont le témoignage d'après les registres de la basilique de Saint-Quentin date de 1633, Josquin est devenu chantre à Saint-Quentin probablement autour de 1460, et était responsable de la musique de l'église collégiale.
Il a pu avoir étudié le contrepoint avec Ockeghem, qu'il a beaucoup admiré durant toute sa vie : c'est ce que suggèrent au {{XVIe siècle}} les témoignages de Gioseffo Zarlino, Lodovico Zacconi et l'éloquente déploration de Josquin sur la mort d'Ockeghem en 1497, Nymphes des bois /Requiem aeternam, basée sur le poème de Jean Molinet. Tous les registres de Saint-Quentin ont été détruits en 1669 ; toutefois la cathédrale était un centre important de production musicale, pour toute la région, placé en outre sous la protection royale. Jean Mouton et Loyset Compère y ont été enterrés, et il est possible que les futures relations de Josquin avec la chapelle royale aient été initiées lors de ses premières expériences à Saint-Quentin.
Les premières traces de ses engagements sont datées du {{date}}, sur un registre prouvant qu'il était chanteur à la chapelle de René, duc d'Anjou, à Aix-en-Provence où il est certainement resté au moins jusqu'en 1478. Il n'existe pas de trace certaine de ses déplacements pour la période allant de mars 1478 jusqu'en 1483, mais s'il est resté au service du roi René il a sûrement suivi la cour à Paris en 1481, avec les chanteurs de la Chapelle royale. Un des premiers motets de Josquin, le Misericordias Domini in aeternum cantabo, suggère une relation directe avec Louis XI. En 1483, Josquin retourne à Condé pour réclamer l'héritage de son oncle et sa tante qui ont pu avoir été tués en mai 1478 par l'armée de Louis XI qui avait enfermé et brûlé vive la population dans l'église lors du siège de la ville.
Milan
La période de 1480 à 1482 a embarrassé les biographes : des témoignages contradictoires suggèrent, soit que Josquin était toujours en France, soit qu'il était déjà au service de la famille Sforza et notamment d'Ascanio Sforza, qui avait été banni de Milan et résidait temporairement à Ferrare ou à Naples.
La résidence à Ferrare au début des années 1480 pourrait expliquer la Missa Hercules dux Ferrariae composée pour Ercole d'Este bien qu'elle ne corresponde pas stylistiquement aux œuvres de la période 1503-1504 à laquelle on situe habituellement Josquin à Ferrare. Une autre hypothèse est basée sur un document romain du milieu du {{XVIe siècle}} décrivant la cour hongroise de l'époque et incluant Josquin comme un des musiciens présent ; elle suggère que Josquin aurait passé une partie de ce temps en Hongrie.
On sait qu'en 1483 ou 1484, Josquin est au service de la famille Sforza à Milan. Toujours à leur service, il fait un ou plusieurs voyages à Rome et probablement aussi à Paris tandis qu'à Milan il fait la connaissance de Franchini Gaffurio, maestro di cappella (maître de chapelle) de la cathédrale. En 1489, après une possible période de voyages, il est encore à Milan qu'il quitte cette année-là.
Rome
De 1489 à 1495, Josquin est membre du chœur papal, d'abord sous Innocent VIII, et plus tard, avec l'avènement des Borgia, sous le pape Alexandre VI. Il a alors pu faire l'objet d'un échange de chanteurs avec Gaspar van Weerbeke qui est parti à Milan en même temps. Il se pourrait qu'il ait lui-même gravé dans le mur de la chapelle Sixtine le « JOSQUINJ » récemment découvert par des ouvriers qui restauraient la chapelle. Il était habituel que les chanteurs gravassent leur nom sur les murs, des centaines de noms y ont été inscrits entre les {{s2-}}. Les probabilités sont très fortes pour que Josquin soit à l'origine de ce graffiti, auquel cas il s'agirait du seul autographe qui nous soit parvenu{{,}}.
Le style de Josquin a évolué vers la maturité pendant cette période. De même qu'à Milan il avait reçu l'influence de la musique profane, à Rome il affine sa technique de la musique sacrée. Plusieurs de ses motets datent des années qu'il a passées à la chapelle papale.
Départ de Rome, puis la France
Comme le démontre un échange de lettres entre la Maison Gonzague et la famille Sforza, Josquin est très probablement retourné au service des Sforza autour de 1498. Il n'est sans doute pas resté longtemps à Milan, puisqu'en 1499 Louis XII emprisonnera les anciens employeurs de Josquin lors de la conquête de Milan, quand il envahit le nord de l'Italie. Bien que la documentation relative à la carrière de Josquin au tournant du siècle manque, on peut penser qu'il est revenu en France à cette époque. C'est sans doute avant de quitter l'Italie qu'il a écrit l'une de ses compositions de musique profane les plus célèbres, la frottole El Grillo basée sur le psaume 30 In te Domine speravi. Cette dernière composition peut être une allusion voilée au réformateur religieux Jérôme Savonarole (Girolamo Savonarola) qui avait été brûlé sur le bûcher à Florence en 1498 et pour qui Josquin semble avoir eu une vénération particulière. Le texte était le psaume préféré du moine qui en a laissé une méditation inachevée, rédigée en prison avant son exécution.
On a tenté de dater certaines des compositions de Josquin, telles que la fanfare instrumentale Vive le roy, peut-être écrite autour de 1500, quand il était en France. Le motet Memor esto verbi tui servo tuo fut, selon Glarean, écrit dans le Dodecachordon de 1547, composé comme rappel courtois au roi de tenir sa promesse d'accorder à Josquin un bénéfice que le monarque avait jusqu'alors « oublié ». Selon le récit de Glarean la manœuvre a réussi : la cour a applaudi et le roi a remis son bénéfice à Josquin. Pour sa réception, Josquin a, dit-on, écrit un motet sur le texte Benefecisti servo tuo, Domine pour montrer sa gratitude envers le roi.
Ferrare
Josquin resta probablement au service de Louis XII jusqu'en 1503, quand le duc Ercole I de Ferrare l'engagea pour sa chapelle. L'une des rares mentions relatives à la personnalité de Josquin date de cette époque. Un conseiller d'Hercule avait recommandé au duc d'engager plutôt Heinrich Isaac, lequel, plus sociable et surtout mieux disposé à négocier, aurait coûté nettement moins (120 ducats contre 200). Le duc choisit cependant Josquin.
À Ferrare, Josquin a écrit une partie de ses compositions les plus célèbres, dont l'austère Miserere, influencé par Jérôme Savonarole, qui fut l'un des motets les plus largement répandus du {{XVIe siècle}}, le motet virtuose Virgo Salutiferi, complètement à l'opposé et sans doute la Missa Hercules Dux Ferrariae, écrite sur un cantus firmus dont les notes viennent de la sonorité des voyelles du nom latin du prince (ré, ut, ré, ut, ré, fa, mi, ré), une technique connue sous le nom de soggetto cavato (sujet tiré de).
Josquin ne resta pas longtemps à Ferrare. Une épidémie de peste lors de l'été 1503 amena le duc et sa famille à évacuer la ville en même temps que les deux tiers des citoyens et Josquin partit en avril de l'année suivante sans doute pour y échapper lui aussi. Son remplaçant Jacob Obrecht, mourut de l'épidémie pendant l'été 1505 et fut remplacé en 1506 par Antoine Brumel qui resta à la chapelle jusqu'à sa dissolution en 1510.
Retraite à Condé-sur-l'Escaut
De Ferrare, Josquin retourne directement dans sa région d'origine de Condé-sur-l'Escaut, au sud-est de Lille sur la frontière actuelle entre la Belgique et la France, et devient, le 3 mai 1504, prévôt de l'église collégiale Notre-Dame, un centre musical qu'il dirige jusqu'à la fin de sa vie.
On ignore la réponse qu'il a pu faire au chapitre de la cathédrale de Bourges lui demandant d'assurer la formation et la direction des enfants de chœur de la maîtrise, et donc de diriger également le chœur de l’église, en 1508 : aucun registre ne mentionne son engagement en ce lieu ; la plupart des spécialistes présument qu'il est resté à Condé.
Pendant les deux dernières décennies de sa vie, la renommée de Josquin continua à se répandre à l'étranger. Les nouvelles techniques d'impression ont aidé à une plus large diffusion de sa musique. Josquin était en outre le compositeur préféré des premiers imprimeurs : l'une des premières publications d'Ottaviano Petrucci, qui est aussi l'impression la plus ancienne consacrée à la musique d'un compositeur qui nous soit parvenue, est un livre des messes de Josquin imprimé en 1502. Cette publication eut tellement de succès que Petrucci édita de nouveaux volumes des messes de Josquin en 1504 et 1514 et les réédita plusieurs fois.
Sur son lit de mort Josquin demanda à être enregistré en tant qu'étranger pour que sa propriété ne passât pas aux seigneurs et aux dames de Condé. Ce mince témoignage a été utilisé pour démontrer qu'il était Français de naissance. Il a par ailleurs laissé un don pour que son dernier motet, Pater noster, Ave Maria, soit chanté lors du passage des processions devant sa maison, et qu'une hostie soit placée sur l'autel de la Vierge situé sur la place du marché. Le Pater noster est peut-être sa dernière œuvre.
Josquin des Prés fut inhumé sous le jubé, devant le maître-autel de Notre-Dame de Condé.