Aller au contenu principal

Soboul, Albert (1914-1982)

Contents


Biographie

Jeunesse et formation

La famille d'Albert Soboul, de condition modeste, issue d'un milieu de paysans, artisans et ouvriers, est originaire de l'Ardèche. Le grand-père, Pierre Marie Soboul, épouse à vingt-deux ans, Lucie Marie Dérocles, vingt ans, à Uzer, le {{1er}} mai 1865 et sont ouvriers en soie. De ce mariage naîtront quatre enfants. En 1881, le ménage exerce la profession de mouliniers à Lyon. Pierre Soboul revient dans le département de l'Ardèche à Montréal et travaille dans une nouvelle filature de soie comme contremaître. Pierre et Lucie Soboul viennent ensuite habiter Largentière, puis le lieu-dit La Croisette d'Uzer, où ils achètent un café-restaurant.

Le père, Lucien Soboul, est né le 3 novembre 1881 à Lyon dans le {{6e}} arrondissement. Il pratique le métier de menuisier et décide de s'installer en Algérie en 1908, pour exploiter des terres. La politique du gouvernement d'alors est de promouvoir l'implantation de colons en Afrique du Nord. Lucien Soboul rentre au pays pour y prendre femme et rencontre Marie Antoinette Meillan, née le 12 septembre 1889 à Marseille. Les parents d'Albert Soboul se marient le 19 novembre 1910 à Saint-Andéol-de-Bourlenc (aujourd'hui Saint-Andéol-de-Vals) en Ardèche. Lors de la cérémonie, Marie Meillan déclare qu'elle n'a {{Citation}}. Elle est la fille naturelle de Séraphie Marie Meillan, domestique, née à Selonnet dans les Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), le 24 septembre 1860. Le jeune couple part donc en Algérie, où naît leur fille Gisèle en octobre 1911 et leur second enfant, Albert, le 27 avril 1914 à Ammi Moussa. Lors de la Première Guerre mondiale, Lucien Soboul incorpore le {{2e}} régiment de marche de zouaves, avec le grade de sergent. Lucien Soboul est tué sur le front d'Arras, le 29 novembre 1914 à Écurie dans le Pas-de-Calais, lors de l'offensive allemande. Mort pour la France, il venait juste d'avoir trente-trois ans. Lucien Soboul laisse une veuve et deux orphelins.

Albert Soboul devient pupille de la Nation et, à ce titre, boursier de la République. Lui et sa sœur aînée Gisèle vivent en Algérie avec leur mère. Marie Meillan vend le domaine agricole en 1919 et s'installe à Alger, dans le quartier de Belcourt, où elle se remarie le 22 mai 1920 avec Victor Gabriel Repiquet, natif de Magnien en Côte-d'Or. Mais la mère d'Albert Soboul est atteinte de phtisie pulmonaire et décide, pour se soigner, de revenir en France au mois de mai 1922. La famille doit aller en Ardèche. Ils arrivent à Marseille, puis à Nîmes, où réside la tante d'Albert, Marie Victorine Rose Soboul {{ref label}}, professeur à l'École normale d'institutrices du Gard depuis 1909 et directrice de cet établissement en 1926. Marie Meillan reste quelques jours, avant de se rendre à Saint-Andéol-de-Bourlenc. Malheureusement, déjà très malade, elle décède dans cette commune le 11 juin 1922, à l'âge de trente-deux ans. Ses deux enfants sont élevés par leur tante, Marie Soboul. Elle joue un rôle important dans la formation scolaire de son neveu Albert et l'engage dans la voie d'études classiques et brillantes. Il reçoit une solide éducation au lycée Alphonse Daudet à Nîmes, de 1923 à 1931. Albert Soboul entre au lycée Joffre à Montpellier en 1931, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris en 1932, avant de rejoindre la Sorbonne en 1935.

L'engagement

Sous le pseudonyme de Pierre Dérocles, il publie en 1937 aux Éditions sociales internationales un ouvrage consacré à Saint-Just. Albert Soboul obtient son agrégation d'Histoire au mois de juin 1938. Il s'engage dans le communisme à partir de 1933, participe aux luttes politiques au moment du Front populaire et rejoint les intellectuels du Parti communiste français en 1939, lors du {{150e}} anniversaire de la Révolution française. Il est mobilisé la même année au mois de septembre, à la suite de la déclaration de guerre avec l'Allemagne nazie. Il sert dans l'artillerie hippomobile, sans jamais voir le combat, jusqu'à sa démobilisation en 1940. Professeur d'histoire au lycée de Montpellier, Albert Soboul organise et prend part à une manifestation étudiante, le 14 juillet 1942. Arrêté, il est révoqué par l'administration de Vichy le 21 août 1942. De janvier à juin 1943, il se réfugie dans le Maquis du Vercors à Villard-de-Lans. Grâce à l'aide de Georges-Henri Rivière, Albert Soboul est missionné par le Musée national des arts et traditions populaires en tant que ethnographe de 1943 à 1944. Il enquête dans toute la France sur l'habitation rurale et les possibilités de déplacement offertes par son statut de chercheur, facilitent son action dans la Résistance.

L'historien

Après la Libération, en 1944, Albert Soboul retrouve son poste de professeur au lycée de Montpellier, avant d'être nommé au lycée Marcelin-Berthelot, puis au lycée Henri-IV. Il se lie d'amitié avec l'éminent historien Georges Lefebvre et prépare sous sa direction, sa soutenance de thèse : Les sans-culottes parisiens en l’an II. Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire, 2 juin 1793-9 thermidor an II. Sa thèse de doctorat d'État ès-lettres le 29 novembre 1958, est un monument d'érudition peu contesté. En 1959, il devient coprésident de la Société des études robespierristes et secrétaire général des Annales historiques de la Révolution française. Albert Soboul est nommé à l'université de Clermont-Ferrand, puis accède le {{1er}} avril 1968, à la chaire d'Histoire de la Révolution française à la Sorbonne et devient directeur de l'Institut d'histoire de la Révolution française. Le professeur Albert Soboul multiplie les voyages à l'étranger et contribue à des missions universitaires, congrès, conférences et colloques. Les principaux congrès internationaux des sciences historiques auxquels Albert Soboul participe, sont : Stockholm en 1960, Vienne en 1965, Moscou en 1970, San Francisco en 1975 et Bucarest en 1980.

Si Albert Soboul est considéré comme l'une des figures les plus importantes du courant historiographique d'inspiration marxiste de la Révolution française, son œuvre ne doit pas pour autant se laisser enfermer dans cette catégorie et encore moins stigmatiser l'historien. Il est nécessaire de rappeler qu'{{Citation}}.

Au cours des années 1970, Albert Soboul doit faire face à l'opposition de l'école révisionniste, autour de François Furet et de Denis Richet ou des anglo-saxons comme William Doyle. Albert Soboul est l'historien par excellence des mouvements populaires, ceux des Sans-culottes de l'An II et publie de nombreux travaux historiques, dont le Précis d'histoire de la Révolution française ou La Civilisation et la Révolution française en trois volumes. Ses ouvrages sont marqués par une recherche substantielle et un style clair. Son œuvre s'est révélée, en France et à l'étranger, comme la contribution majeure à l'étude de la Révolution française et de l'Histoire sociale. Le 23 juin 1982, il est élu président du conseil scientifique du musée de la Révolution française de Vizille.

Au mois de juin 1982, Albert Soboul revient épuisé d'un colloque à Ottawa au Canada. Victime de plusieurs infarctus, il négligeait les prescriptions médicales. Albert Soboul part pour la Grèce en août, pays qu'il affectionne tout particulièrement. Ce nouveau voyage au vu de son état de santé, s'avère exténuant et à son retour, il est hospitalisé. Emmené à son domicile de Nîmes Albert Soboul meurt le {{date de décès}}, à l'âge de soixante-huit ans.

Albert Soboul est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, non loin du mur des Fédérés, où les derniers défenseurs de la Commune de Paris ont été fusillés le 24 mai 1871.

Hommage

Raymond Bloch, directeur à l'École pratique des hautes études, dans la préface du dernier ouvrage d'Albert Soboul consacré à « La France Napoléonienne », lui rend un vibrant hommage et apporte un précieux témoignage : {{Citation bloc}}

Des villes honorent la mémoire d'Albert Soboul, historien prestigieux, en donnant son nom à des rues comme à Nîmes, Montpellier, Villard-de-Lans, Les Mureaux, Avrillé, Louvigny, Conques-sur-Orbiel. Le Centre de documentation et la bibliothèque du Musée de la Révolution française, dans le domaine de Vizille, portent le nom d'Albert Soboul depuis le 4 juin 2005.

La Révolution française
LivresDisponible
Publication
[Paris] : Gallimard, 1984
Date de publication
1984